Artist.......: VA
Album........: MΘmoires d'ImmigrΘs (OST)
Label........: Bandits Production
Genre........: Soundtrack
Catnr........: n/a
source.......: CDDA
rip.date.....: oct.-12-2005
str.date.....: apr-17-1998
quality......: VBR/44,1Hz/Joint-Stereo
Url..........: n/a
track title time
01. dahmane el harachi - kiefeche rah kifeche a 06:48
tbedel
02. dahmane el harachi - ya rayah 05:55
03. slimane azem - thoura-jarvagh koulchi 06:18
04. idir - ayrib 03:21
05. malika dom ran - asaru 06:21
06. slimane azem - ayadhou goual 04:25
07. enrico macias - non, je n'ai pas oubliΘ 03:16
08. idir - a vava inouva 04:27
09. malika dom ran - taawint igenni 05:28
10. cheb mami - douni el bladi 05:26
11. dalida - helwa ya baladi 03:34
12. rachid taha - zaΓma 04:00
13. cheb hasni - je vis encore 06:30
14. cheb mami - haoulou 04:15
15. rachid taha - voilα voilα 05:13
Runtime 75:17 min
Size 108,8 MB
Release Notes:
Le film
La rΘalisatrice Yamina Benguigui est nΘe α Lille et
a passΘ son enfance dans le nord de la France, o∙
ses parents, Kabyles d'origine algΘrienne, avaient
ΘmigrΘ dans les annΘes 1950. ½ Pourquoi Θtaient-ils
partis ? On ne l'a jamais su, dit-elle aujourd'hui.
C'Θtait un sujet tabou : ils n'en parlaient jamais.
╗ En 1994, elle rΘalise Femmes d'Islam, une
trilogie sur les femmes musulmanes de plusieurs
pays du monde. En interrogeant des MaghrΘbines qui
vivent α Marseille, elle dΘcouvre que ces ½ mΦres ╗
ne connaissent rien de ce que leurs maris ont vΘcu
α leur arrivΘe en France. Et qu'elles n'ont
elles-mΩmes jamais rien racontΘ α leurs enfants. ½
C'Θtait mon histoire ╗, dit la cinΘaste. Elle
dΘcide donc de remonter le temps et de partir α la
recherche d'une histoire occultΘe : celle de
l'immigration et de l'intΘgration maghrΘbines. Son
film se compose de trois parties : les pΦres, les
mΦres, les enfants. ½ Une structure qui respecte
nos codes culturels, dit-elle. Les hommes n'ont
jamais racontΘ α leurs femmes ni α leurs enfants
les souffrances qu'ils ont vΘcues. ╗ En rΘunissant
trois sΘries de tΘmoignages qui pourtant ne se
recoupent jamais, la rΘalisatrice fait £uvre de
rΘconciliation.
Son documentaire est le rΘsultat d'une enquΩte de
trois ans et d'un tournage de six mois. Le montage,
qui a durΘ neuf mois, alterne images d'archives
(empruntΘes au CNDP, α PathΘ, α l'INA) et images
personnelles et contemporaines. C'est cet
aller-retour constant entre passΘ et prΘsent qui
permet au spectateur de retracer l'itinΘraire
oubliΘ des acteurs de l'immigration.
La dΘmarche ---------------------------------------
Le droit α l'existence
╔tudier la faτon dont les entretiens sont filmΘs :
quel effet la cinΘaste a-t-elle voulu crΘer ?
Comment s'articulent les interviews et les autres
images du film ? Quel r⌠le joue la bande-son ?
La rΘalisatrice a voulu, pour redonner la parole α
ses aεnΘs, ½ un beau film ╗. Elle a tournΘ en 35
mm, choisi ses Θclairages, peaufinΘ sa bande-son.
Sa camΘra crΘe un espace o∙ les individus peuvent
enfin exister, o∙ les corps peuvent se montrer,
trouver leur place, avec leurs particularitΘs,
leurs dΘfauts ou leur beautΘ. Les interviews se
transforment en portraits. Les sΘquences consacrΘes
aux diffΘrents personnages racontent le roman de
leur vie, presque comme dans une fiction. La camΘra
enregistre leur tΘmoignage mais les filme aussi
dans leur vie quotidienne. Les entretiens sont
d'ailleurs souvent prΘcΘdΘs d'images presque fixes
(ou ralenties) qui s'attardent sur les gestes et
les regards. Le rythme du film laisse aux paroles
le temps de se formuler et de rΘsonner. Soit parce
que le son des interviews se continue sur des plans
de coupe significatifs (images de la ville, des
usines, des bidonvilles ou des citΘs) ; soit parce
que l'image est soutenue par la musique et les
chansons qui ont accompagnΘ les immigrΘs dans leur
aventure.
L'hΘritage de la douleur --------------------------
Analyser le r⌠le de la parole dans ce film et ce
qu'elle provoque chez les immigrΘs auxquels elle
est offerte. Distinguer le comportement des pΦres
et celui des mΦres et mettre en relation avec
l'expΘrience vΘcue.
Le travail du film libΦre la parole. Dans l'espace
qu'il crΘe, les pΦres racontent enfin (en pleurant
parfois) ce qu'ils n'ont jamais dit aux enfants,
l'humiliation et la culpabilitΘ d'avoir acceptΘ la
dΘshumanisation, la souffrance de l'exil, l'espoir
et l'amour dΘτus pour la France. La camΘra de
Yamina Benguigui leur redonne leur dignitΘ car elle
leur permet de dire la douleur qu'ils ont toujours
tue.
La parole des mΦres, elle, fait ressurgir un
cheminement oubliΘ. Une ½ culture du milieu ╗ que
ces femmes dΘracinΘes, perdues α leur arrivΘe en
France, ont inventΘe. Parce qu'elles ont d√
continuer α transmettre les traditions tout en
s'adaptant le plus vite possible α la culture
franτaise, les mΦres ont construit un mode de vie
original qui a servi d'assise α leurs enfants. La
musique du film utilise les chansons les plus
diffusΘes de l'Θpoque (Idir, Enrico Macias,
Dalida...). Des chansons qu'elles Θcoutaient α la
radio, et qui faisaient le lien entre cette France
qui ne voulait rien savoir de la vie culturelle des
immigrΘs, et leur pays d'origine. L'espace offert
par le film laisse le temps de transmettre
l'histoire d'un enracinement qui s'est fait malgrΘ
tout, et malgrΘ le lancinant mythe du retour.
Une intΘgration en marche -------------------------
Relever quelques exemples de tΘmoignages d'enfants
d'immigrΘs qui dΘmontrent la rupture culturelle
avec leurs parents. Comment racontent-ils l'½
intΘgration ╗ ?
Les enfants ont reτu un hΘritage de souffrance
d'autant plus difficile α assumer qu'il n'a que
trΦs rarement ΘtΘ reprΘsentΘ. Ils ont vΘcu une
histoire nouvelle et inΘdite. C'est pourquoi il
Θtait important que le film leur donne, α eux
aussi, la parole : ½ Je suis nΘ ici, l'AlgΘrie ne
me manque pas... ╗, ½ Nos parents ne nous ont pas
ΘlevΘs dans la haine... ╗, ½ Je suis musulman, mais
je suis obligΘ de me cacher pour fΩter l'A∩d, alors
que c'est la fΩte du pardon et que je voudrais la
partager avec mes amis... ╗, ½ J'ai toujours des
cadeaux pour Noδl... ╗, disent-ils dans le
dΘsordre.
Ces enfants sont avocats, Θcrivains, employΘs,
adultes heureux ou adolescents en quΩte d'identitΘ.
Leur vie s'est faite en France. Pourquoi leur
demande-t-on encore s'ils veulent s'intΘgrer ?
Leurs discours demandent α Ωtre continuΘs. Ils
incitent leurs cadets ou camarades α chercher les
mots ou images qui peuvent les aider α dΘcrire leur
vie. Le film de Yamina Benguigui met α jour une
face cachΘe du racisme : celle qui consiste α nier
l'histoire des mutations culturelles, ou α en
Θtouffer l'expression. Son travail devrait pouvoir
servir d'exemple et conforter les enseignants
dΘsireux de dΘvelopper les multiples formes que
cette expression peut prendre chez les enfants de
toutes origines.
La sΘquence ---------------------------------------
Un montage judicieux
Pour comprendre comment Yamina Benguigui a su
rendre compte, par son Θcriture cinΘmatographique,
de la richesse accumulΘe par le temps passΘ, on
peut observer, dΘmonter la chaεne filmique de l'une
des sΘquences qui constituent la deuxiΦme partie de
son film, et de son livre : celle consacrΘe α Khira
Allan. La sΘquence dure une dizaine de minutes.
Elle se compose d'un montage alternΘ de trois types
d'images.
On distinguera, dans un premier temps, les images
en couleur tournΘes chez Khira et les images
d'archives, gΘnΘralement en noir et blanc, tournΘes
par l'INA en AlgΘrie ou en France, dans les annΘes
1960.
L'art du portrait ---------------------------------
Le film s'organise autour d'une sΘrie de portraits
qui sont aussi des rΘcits de vie.
Les cadrages sont toujours trΦs proches de la photo
et lui font en quelque sorte de constants clins
d'oeil. Khira ne sera montrΘe qu'une seule fois en
plan large [1] . Ensuite, la rΘalisatrice la montre
toujours en plans rapprochΘs ou trΦs rapprochΘs,
comme pour une photo d'identitΘ. La camΘra revient
d'ailleurs frΘquemment sur les portraits qui
tr⌠nent sur la cheminΘe ou les photos, un peu
vieillies ou dΘchirΘes, prises tout au long de la
vie. La rΘalisatrice a aussi demandΘ α toute la
famille de ½ poser ╗ [10] . Tous sont lα, figΘs
mais tout de mΩme mobiles dans l'image, et Khira
tr⌠ne au milieu du groupe avec gravitΘ.
C'est bien un portrait que Yamina Benguigui a
rΘalisΘ, le portrait d'un personnage banal mais
exemplaire. Mais, cette fois-ci, la photo parle. La
rΘalisatrice, tournant en 35 mm, a soignΘ ses
Θclairages et ses cadres pour mieux redonner la
parole α son aεnΘe. Si elle prend le temps de
filmer, c'est aussi pour permettre au spectateur,
en regardant son personnage, d'apprΘcier ses
expressions pour mieux l'Θcouter.
L'espace ainsi crΘΘ par la camΘra permet
d'installer l'histoire. La sΘquence consacrΘe α
Khira (comme toutes les autres) retrace le rΘcit
d'une vie. ½ Mon histoire est finie ╗, dit la mΦre
α la fin de la sΘquence. Une histoire α la fois
autobiographique et documentaire. Car, si les
images d'archives reprΘsentent des personnages
anonymes, la parole de Khira retrace un rΘcit α la
premiΦre personne, donnant finalement vie et
lyrisme aux analyses impersonnelles des historiens
et imposant un contrepoids solide aux discours
officiels. On peut facilement reconstituer
l'histoire de Khira, grΓce au montage du film. Tout
d'abord, la vie en AlgΘrie d'une petite fille de
dix ans ½ bonne α tout faire ╗ chez des colons
brutaux, avec une famille dans la misΦre et un pΦre
malade. Puis le mariage imposΘ par les parents α
une trΦs jeune femme qui n'a finalement aimΘ son
mari que parce qu'elle a eu des enfants ; l'arrivΘe
en France, la jeunesse passΘe dans les bidonvilles
ou dans la solitude ; et, finalement, les repΦres
qui se crΘent grΓce aux cours du soir, α la radio,
aux chansons, α l'aide des enfants. Les images
d'archives illustrent la parole de Khira et
apportent un surcroεt de documents, mais le rΘcit
autobiographique donne α ces images la profondeur
qui leur manquait. Il parle d'un combat mΘconnu et
d'une victoire.
Travelling ----------------------------------------
Photos, rΘcits, documents, autant de moyens de
faire revivre le passΘ. Mais la spΘcificitΘ du film
est de faire Θprouver la durΘe, d'embarquer dans un
itinΘraire, de faire refaire le voyage. Pour
parcourir la vie de Khira, Yamina Benguigui nous
offre treize minutes. Et c'est largement suffisant
pour revivre pleinement un instant d'Θmotion
intense, pour comprendre les heures de solitude ou
pour, en un Θclair, repartir des dΘcennies en
arriΦre.
Quelques images et montages significatifs α cet
Θgard : la sΘquence commence par un travelling en
voiture. AprΦs la forΩt, la ville du Nord, avec ses
maisons encore semblables α des corons. Il pleut.
Une voix chante: ½ O mΦre adorΘe... ╗ Puis nous
voyons Khira, en mouvement elle aussi. Elle se
dirige vers sa maison, obligΘe pour cela de marcher
dans les flaques d'eau de la rue [1] . On la
retrouve ensuite chez elle, commenτant α raconter
sa vie, ½ une vie pas belle ╗. Ces premiΦres images
placent la sΘquence sous le signe du voyage. Voyage
de retour pour la cinΘaste qui va enquΩter dans son
Nord natal, voyage dans le passΘ pour Khira qui
n'oubliera jamais la boue et la pluie des
bidonvilles de sa jeunesse. Ensuite viennent
s'intercaler les images d'archives, comme des
fenΩtres ouvertes sur le passΘ. La sΘquence
maintient contin√ment l'aller-retour entre l'espace
du passΘ et celui du prΘsent. Le rΘcit oral fait le
lien et redonne vie α l'espace oubliΘ, celui du
passage, de la traversΘe. Le son, les images et
leur montage font naεtre un espace temps, un
hors-champ o∙ le spectateur peut s'identifier au
personnage, se projeter dans les lieux o∙ il a
vΘcu, recevoir la transmission de la mΘmoire en y
trouvant lui-mΩme sa place. Les plans les plus
forts sont certainement ceux que l'on ne voit pas α
l'Θcran mais que l'on Θlabore pour soi-mΩme α
partir des images et des sons du film.
D'autres plans fonctionnent de maniΦre plus
symbolique : ceux de l'intΘrieur de la maison par
exemple [3] . Khira semble collectionner les
horloges. Signe que le temps s'est ΘcoulΘ, qu'il a
comptΘ, que Khira l'a beaucoup comptΘ aussi
lorsqu'elle s'est retrouvΘe seule et dΘs£uvrΘe α
son arrivΘe en France. Elle a aussi dΘcorΘ son
poste de radio comme un objet fΘtiche puisqu'il lui
a fait dΘcouvrir Enrico Macias, le porte-parole des
exilΘs.
Le film montre aussi comment les mΦres ont installΘ
une culture du passage. Sur la cheminΘe, les
horloges occidentales c⌠toient des versets du Coran
soigneusement encadrΘs ; la nostalgie d'Alger la
blanche est chantΘe par une voix franτaise et la
syntaxe inventive de Khira suffit pour nous faire
comprendre une partie oubliΘe de notre histoire.
MΦres et filles -----------------------------------
Quelle leτon l'histoire de Khira dispense-t-elle ?
Une leτon de courage tout d'abord. Celle-ci n'est
pas prononcΘe clairement mais elle paraεt dans la
fiertΘ de la mΦre qui s'est finalement installΘe
dans une maison trΦs soignΘe. Plusieurs plans de
coupe montrent les napperons, les bibelots, les
fleurs artificielles dont elle a dΘcorΘ son salon.
Elle-mΩme a conservΘ les rites de la coquetterie :
bijoux, vΩtements impeccables, maquillage. Une
faτon de dire aux filles qu'il faut toujours ½
tenir ╗. Khira a tenu et tient sa maison. Mais elle
dispense aussi une leτon de libertΘ. Elle a envoyΘ
ses filles α l'Θcole. Elle les encourage α sortir,
α voyager et surtout α se marier avec quelqu'un
qu'elles aiment. Sa ½ prestation ╗ devant la camΘra
est aussi s√rement la meilleure faτon d'inciter les
filles α parler et pas seulement sur le mode du
lyrisme.
Il est important que la cinΘaste soit une femme,
que ce soit α une fille que Khira s'adresse. Yamina
Benguigui filme cette mΦre en voulant la rendre
belle mais sans essayer de transformer les
griffures du temps. Khira est toujours digne d'Ωtre
regardΘe ; son discours, dans un franτais souvent
approximatif, finit toujours par l'Θclairer.
Khira est un maillon de la chaεne. Sa douleur,
clairement racontΘe, bien que dΘpassΘe, l'a incitΘe
α recrΘer un lieu : l'espace sacrΘ de la maison. Le
film de Yamina Benguigui l'aide α reconstituer et
transmettre un autre espace : celui de sa vie de
jeune fille et de jeune femme, qui, si elle n'avait
jamais ΘtΘ racontΘe, aurait continuΘ α lui Ωtre
volΘe. Les maisons de Khira sont riches
d'enseignements. Le film les reconstruit tout en
les visitant.